Joya : la Ville de Zurich devient le numéro 1 de la recharge en Suisse, et ses concurrents s’inquiètent

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Un nouveau nom s’impose sur les bornes de recharge helvétiques : Joya. Derrière cette marque lancée début octobre 2026 se cache Energie 360°, une entreprise détenue à 96 % par la Ville de Zurich. Avec plus de 25’000 points de charge et un investissement annoncé de 150 millions de francs, elle prend la tête du marché suisse. Une position qui suscite déjà des critiques chez les concurrents privés.

Joya, c’est quoi exactement ?

Si vous roulez en voiture électrique en Suisse, retenez ce nom : Joya. Energie 360° a regroupé sous cette bannière unique les offres de trois de ses filiales, à savoir Gofast, Swisscharge et Move. Ces trois marques, que les automobilistes connaissaient séparément, forment désormais un seul ensemble.

Le résultat ne passe pas inaperçu : plus de 25’000 points de charge, ce qui fait de Joya la plus grande fournisseuse de services de mobilité électrique du pays. Pour les conductrices et conducteurs, cela signifie potentiellement un accès simplifié à un très large réseau, avec une seule application et un seul interlocuteur. Pour le marché, en revanche, cela représente un changement d’échelle.

Energie 360° appartient à 96 % à la Ville de Zurich. Cette particularité alimente le débat, car la même ville possède aussi les Services industriels zurichois, plus connus sous le sigle EWZ. Nous y reviendrons plus bas.

150 millions de francs pour accélérer

La Ville de Zurich ne se contente pas de regrouper des marques existantes : elle investit 150 millions de francs dans le marché de la recharge. Cette somme doit permettre à Joya de consolider sa position et de poursuivre le développement de son offre.

Pour un marché encore jeune, où l’infrastructure coûte cher et ne rapporte pas partout, c’est un signal fort. Une borne rapide demande un raccordement électrique puissant, des travaux de génie civil et un emplacement attractif. Les premières années d’exploitation restent souvent déficitaires, surtout dans les régions où peu de véhicules électriques circulent encore. Qui dispose d’un actionnaire public aux reins solides peut donc se permettre de planifier sur le long terme.

C’est précisément ce point que les concurrents ont dans le viseur.

Migrol, Electra et Fastned montent au créneau

Les critiques ne datent pas d’hier. Des acteurs comme Migrol et Electra avaient déjà averti que l’entreprise pourrait profiter de désavantages structurels pour les autres, du fait de son propriétaire public. Ils redoutaient une concurrence inégale.

Aujourd’hui, le fournisseur néerlandais de recharge rapide Fastned rejoint le débat. Sa porte-parole, Tamara Blank, développe plusieurs arguments.

L’argument de l’intégration verticale

Energie 360° et EWZ appartiennent tous deux à la Ville de Zurich. Selon Fastned, cette proximité pourrait créer une chaîne complète : le raccordement au réseau, la connaissance des capacités disponibles, la planification du développement du réseau et, au bout, l’exploitation des bornes. Un opérateur indépendant n’aurait pas forcément accès aux mêmes informations ni aux mêmes conditions.

La question posée par Fastned est simple : les fournisseurs indépendants obtiennent-ils vraiment les mêmes conditions d’accès à l’infrastructure, aux emplacements et aux possibilités de raccordement ? Elle reste, à ce stade, une question et non une accusation.

Le souvenir de l’appel d’offres de 2019

Fastned rappelle aussi l’appel d’offres lancé en 2019 par la Confédération pour les stations de recharge rapide sur les autoroutes. À l’époque, cinq lots avaient été attribués à cinq fournisseurs différents. L’idée de Berne était claire : favoriser la concurrence et la diversité de l’offre le long des axes principaux.

Or, trois de ces cinq lots appartiennent aujourd’hui à Joya. Energie 360° a en effet racheté Gofast, et elle a repris Move aux anciens propriétaires, soit les entreprises énergétiques de Fribourg (Groupe E), de Bâle-Campagne (Primeo) et de la Ville de Berne (EWB). Selon Fastned, l’intention initiale de créer de la concurrence s’en trouve nettement affaiblie.

Un concurrent potentiellement déficitaire ?

Dernier point soulevé : l’infrastructure de recharge exige beaucoup de capital et ne rapporte pas partout. Si des investisseurs privés sont prêts à construire, la transparence s’impose, estime Fastned. Elle demande pourquoi un groupe détenu à 96 % par la Ville de Zurich bâtirait en plus une offre importante, peut-être déficitaire, qui fait concurrence aux acteurs privés.

Ce que répond Energie 360°

L’entreprise se défend. Elle affirme ne bénéficier d’aucun accès préférentiel aux mandats. Tamara Blank le reconnaît elle-même : Fastned ne reproche aucun comportement illégal à l’entreprise. Le débat porte sur des questions de concurrence et de gouvernance, puisqu’un très grand acteur, étroitement lié à l’infrastructure publique et à son propriétaire, est en train d’émerger.

Cette nuance a son importance. Personne ne prétend, pour l’instant, qu’Energie 360° enfreint la loi. La discussion porte plutôt sur ce qu’une collectivité publique doit, ou ne doit pas, faire sur un marché qui attire aussi des investisseurs privés.

La Ville de Zurich détient 177 participations

Le Conseil municipal zurichois a justement pris position cette semaine sur ses participations. La Ville détient des parts dans 177 entreprises. Toutes ne posent pas de problème de concurrence : pour les entreprises ferroviaires comme la SZU, par exemple, la situation ne pose aucune difficulté.

Pour Energie 360° et les filiales d’EWZ, l’exécutif reconnaît qu’elles se mesurent à d’autres fournisseurs nationaux et internationaux. Une filiale d’EWZ exploite ainsi des parcs éoliens en Allemagne, en France, en Norvège et en Suède. Mais le gouvernement juge cette situation « sachlich begründet », autrement dit objectivement justifiée. Il la relie à la sécurité d’un approvisionnement énergétique durable, rentable et compatible avec le climat, ainsi qu’à l’objectif de zéro émission nette.

La Ville cite aussi d’autres exemples de participations stratégiques. Sa part de 10 % dans Swissgrid, la société nationale du réseau électrique, lui donne un siège au conseil d’administration. Quant à la culture, l’exécutif parle de « chevauchements ponctuels » : le Hallenstadion, le Kongresshaus ou le Schauspielhaus côtoient des offres privées, mais la concurrence directe y reste limitée à ses yeux.

Pourquoi cela concerne les automobilistes romands

On pourrait penser qu’une querelle zurichoise ne touche guère la Suisse romande. Ce serait une erreur, pour trois raisons.

1. Le réseau est national. Joya réunit plus de 25’000 points de charge à l’échelle du pays. Les voyageurs entre Lausanne, Genève, Berne et Zurich croisent forcément ses bornes, notamment sur les autoroutes. Par ailleurs, des entreprises romandes comme Groupe E ont déjà vendu leur part de Move : le mouvement de concentration touche aussi les acteurs d’ici.

2. Les prix dépendent de la concurrence. Plus un marché compte d’acteurs indépendants, plus la pression sur les tarifs reste forte. Si trois des cinq lots autoroutiers attribués en 2019 appartiennent désormais au même groupe, les automobilistes disposent de moins de choix à l’heure de payer leur kilowattheure. Personne ne peut encore dire si les prix vont réellement bouger, mais la question mérite d’être suivie.

3. L’offre de services se simplifie. Du côté positif, un acteur de cette taille peut proposer une application unique, un abonnement unique et un accès à un très grand nombre de bornes. Pour beaucoup de gens, cette simplicité compte autant que le prix. Quiconque jongle aujourd’hui entre plusieurs badges et applications y verra un vrai progrès.

L’exemple d’EWZ : le soutien public existe déjà

La Ville de Zurich ne découvre pas la mobilité électrique. EWZ soutient financièrement l’installation de bornes depuis plusieurs années. Fin 2024, l’entreprise avait déjà mis en service plus de 5’000 stations de recharge. Cette même année, elle a versé quelque 6,9 millions de francs de subventions pour 11’000 stations dans son périmètre d’approvisionnement.

Ces chiffres montrent que la Ville agit depuis longtemps pour la mobilité électrique, dans le cadre de son objectif de neutralité climatique. Ils expliquent aussi pourquoi les concurrents regardent de près la façon dont les activités publiques et commerciales s’articulent.

Notre analyse : un débat qui ne fait que commencer

Deux logiques s’affrontent, et chacune a sa part de raison.

D’un côté, les collectivités publiques ont intérêt à ce que la recharge se développe vite. Sans bornes, pas de transition vers l’électrique, et sans transition, pas d’objectifs climatiques atteints. Un investisseur public peut financer des emplacements que le marché ne rentabiliserait pas tout de suite, par exemple dans des vallées ou des régions peu densément peuplées.

De l’autre, les acteurs privés estiment que l’argent public ne devrait pas évincer l’initiative privée. Lorsque des entreprises sont prêtes à investir, elles demandent des règles du jeu identiques pour tous : même accès au réseau, mêmes délais de raccordement, même transparence sur les emplacements.

Aucun des deux camps n’a tort sur toute la ligne. La vraie question, c’est la transparence. Si Energie 360° et EWZ appliquent les mêmes critères à tous les opérateurs, le soupçon tombera de lui-même. Si ce n’est pas le cas, les autorités de la concurrence, voire la Confédération, pourraient se saisir du dossier. À ce stade, rien n’indique qu’une procédure soit en cours.

Ce qu’il faut retenir

  • Joya est la nouvelle marque d’Energie 360°, qui regroupe Gofast, Swisscharge et Move depuis début octobre 2026.
  • Avec plus de 25’000 points de charge, Joya devient le plus grand fournisseur de mobilité électrique de Suisse.
  • La Ville de Zurich détient 96 % d’Energie 360° et investit 150 millions de francs.
  • Migrol, Electra et Fastned craignent des avantages structurels liés au propriétaire public.
  • Sur les cinq lots autoroutiers de 2019, trois appartiennent aujourd’hui à Joya.
  • Energie 360° dément tout accès préférentiel ; personne ne lui reproche d’agir illégalement.

Questions fréquentes

Qu’est-ce que Joya ?

Joya est la marque sous laquelle Energie 360° a regroupé ses offres Gofast, Swisscharge et Move. Elle compte plus de 25’000 points de charge en Suisse.

À qui appartient Joya ?

Energie 360° appartient à 96 % à la Ville de Zurich. Joya est donc, indirectement, une entreprise à très large majorité publique.

Combien la Ville de Zurich investit-elle ?

Le montant annoncé s’élève à 150 millions de francs pour le marché de la recharge.

Pourquoi les concurrents critiquent-ils Joya ?

Ils craignent qu’un propriétaire public, qui possède aussi les services industriels de la Ville, offre des avantages en matière de raccordement, d’information sur le réseau et de financement. Ils demandent davantage de transparence.

Mes abonnements de recharge actuels changent-ils ?

Les offres de Gofast, Swisscharge et Move sont regroupées sous Joya. Pour savoir comment votre abonnement ou votre application évolue concrètement, consultez directement les informations de votre fournisseur.

Nous continuerons à suivre ce dossier de près sur evstations.quelbazar.ch, notamment les réactions des autorités et les évolutions tarifaires sur les bornes rapides.

Source principale : « 25’000 Ladepunkte und 150 Millionen Investitionen: Zürichs Joya sorgt für Kritik », Stefan Ehrbar, Bote der Urschweiz, 3 octobre 2026 (mis à jour le 4 octobre 2026).


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